Salim Ali Amir

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“Né en 1962 aux Comores, Samir Ali Amin est un auteur compositeur et multi-instrumentiste comorien. Influencé par George Benson et Lokua Kanza, il opte pour un répertoire entre chanson, taarab, sega, salegy malgache, afro-zouk et rythmes comoriens comme le mgodro et le wahaba. ”

Salim Ali Amir, un poète-chanteur, héritier du métissage culturel indianocéanique

Dans la société comorienne, la poésie orale chantée ou psalmodiée est une grande source, certes de communication, mais aussi de connaissance des hommes, plus particulièrement. Le Comorien chante à l’accouchement et à la mort. Poésie religieuse et profane cohabitent équitablement, sans qu’il y ait un antagonisme idéologique. Cette littérature n’est pas figée, mais parsemée de nuances et de variantes dialectales que le poète-chanteur véhicule constamment. Salim Ali Amir en est un des véhicules vivants.

À l’origine, une éducation au chant religieux (Kaswida)

Dès son enfance, dans les années 1976-1977, le père de Salim l’emmenait chez l’ancien Mufti Al Habib Omar Bin Sumet pour l’initier au chant Kaswida: chant religieux islamique. Il a commencé à se produire sur les planches lors des cérémonies du Maulid, marquant la naissance du Prophète Mohammad. C’était l’occasion, pour le jeune Salim, passionné de musique, de se distinguer grâce à sa voix qui ne pouvait laisser personne indifférente. Pour lui, le kswida qui l’a lancé, dans le répertoire des grands musiciens comoriens, s’intitule Asubuhi bada min twalantwihi, (litt. Le matin commence à apparaître). Autrement dit, Salim Ali Amir s’est levé tôt pour emprunter la carrière des honneurs et les chemins sinueux de la gloire. Ce fut le début d’une heureuse aventure.

Après son baccalauréat littéraire en 1987, il réalisa son service national à la radio nationale (Radio-Comores), où il était chargé de classer les Archives musicales. Ce qui le rapproche encore une fois, de sa passion. Il est parti par la suite rencontrer et échanger avec les professionnels du monde musical en Europe et en France plus particulièrement. Son ascension sociale est de taille.

Un poète-chanteur très édifiant

            Il ne s’agit ici que d’une ébauche de l’étude de l’œuvre du grand Salim. Le fond et la forme de son œuvre restent à faire. Je ne fais qu’esquisser ici une introduction à l’étude d’une œuvre monumentale qui peut faire l’objet d’une recherche en vue de la réalisation d’une thèse de doctorat.

Au temps du régime d’Ahmed Abdallah, la chanson d’amour a été bannie et interdite sur les ondes radiophoniques. Salim, à l’image de ses aînés du mouvement Msomo wanyumeni[1], comme on avait pris l’habitude de l’appeler, a composé une poésie d’amour (Mahaba) dans laquelle il louait les vertus de deux jeunes amoureux acquis à la cause patriotique. Le succès remporté par cette poésie allait donner une bouffée d’oxygène à notre auteur et l’encourager dans son parcours de militant engagé.

            Quelques moments forts de son œuvre

            J’ai choisi d’esquisser ici quelques poésies qui ont marqué son parcours. J’en ai retenu cinq :

  • Ya Moustoifa (1990)
  • Siyasa bodjo (1996)
  • Wawumwa (1998)
  • Mkaya waece (2014)
  • Shayinri Abdallah Chihabi (2023)

Comme le héros des contes populaires comoriens, Abunawas ou Ibunaswaia, les poètes-philosophes du XVIIIᵉ siècle, le romantique Said Mohamed Taachik, les paroliers de l’Association des Stagiaires et Étudiants Comoriens, et tant d’autres encore, Salim Ali Amir chante la misère des petites gens, les dérives politiques contemporaines (Siyasa bodjo, Politique tronquée), les amours perdues (Wawumwa, les affectés) l’indifférence de ceux qui fuient la société (Mkaya Wayece, le solitaire). Fidèle en relation et attaché au patriotisme enchanteur, il chante le bon vieux temps (Ya Moustoifa), et les souvenirs élogieux d’enfance (Shayinri Abdallah Chihabi.) Tout cela est parsemé d’une forte dose d’amour, de mélancolie, de modestie et de respect d’autrui.

Sa poésie n’est pas dogmatique. Salim innove constamment en s’ouvrant aussi aux mélodies africaines bantoues, aux musiques sud-américaines et antillaises. En écoutant ses chansons, on revit, entre autres, les anciennes routes de la soie, des épices, tout en suivant avec anxiété celles des exilés de la liberté de la fin du XIXᵉ siècle. Toutefois, l’étude de son œuvre, comme je l’ai souligné plus haut, reste à faire. Il ne s’agit ici que d’une esquisse.

[1] Litt. Culture nouvelle. Il s’agit d’un mouvement associatif né en 1974 et qui militait pour la préservation et la promotion du patrimoine culturel comorien au détriment de ce qu’il appelait culture impérialiste. L’Association était baptisée Union Fraternelle de l’Art Comorien (UFAC). Le mouvement était parvenu à mobiliser un grand nombre de jeunes lycéens des quatre îles, filles comme garçons.

Peu d’artistes auront été aussi prolifiques dans leurs compositions, divers dans leurs répertoires, pertinents et complets dans leurs regards sur la société, et n’aura eu une voix aussi engagée au service de la société qui les entourent, que Salim Ali Amir. Jamais œuvre d’artiste n’aura été une avec sa société et ne l’aura aussi profondément marquée.

Jamais la plume d’un auteur, le regard d’un compositeur et la voie d’un interprète n’auront épousé, aussi de près et aussi fidèlement les idéaux, les comportements, les inquiétudes, les combats, les cris, les joies et les peines des peuples d’ici et d’ailleurs et, au-delà, de son monde et de son temps.