Saïd Bacar Mze

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Dans l’océan Indien, là-bas, dans l’archipel des Comores, surtout dans la grande île dénommée Ngazidja, le anda, ou ce qu’on appelle communément le grand mariage, est un rite qui marque la hiérarchisation des groupes sociaux. C’est en fait le passage d’un certain nombre de personnes d’un groupe social à un autre. Ce passage à un rang social supérieur confère à chaque individu un autre statut, celui d’un homme accompli. En effet, le anda est une véritable institution culturelle fondamentale comme on en voit dans les constitutions des sociétés bantoues. Cette pratique culturelle serait apparue aux Comores avec l’arrivée des premiers migrants bantous (peuple de l’Afrique orientale) et des musulmans arabes à l’archipel. Le grand mariage, cet incontournable passage au sommet de la hiérarchie sociale aux Comores, mobilise tous les membres des familles. Celles-ci sont prêtes à faire feu de tout bois pour y parvenir, notamment par le biais du mirande. Le mirande est une tout autre forme de mariage. Cela peut s’appeler un mariage arrangé ou un mariage « d’échange ». L’arrangement s’effectue en fait entre les deux familles conjointes. La formule de cet arrangement est : « J’accepte de prendre pour épouse ta fille ou ta nièce à condition que tu fasses le même geste à ton tour au sein de ma famille. » C’est un contrat coutumier. L’intérêt de cet accord, quoique essentiellement économique, revêt aussi un autre aspect. Il s’agit cette fois de maintenir ce qu’on peut appeler « la cohésion sanguine », surtout chez les familles de lignée royale. Cependant, force est de souligner que le mirande chez bon nombre de familles se fonde sur un « pragmatisme machiavélique » dont le but est de parvenir à la haute hiérarchie sociale, tout en évitant les dépenses ostentatoires liées aux festivités.

Un mariage arrangé tue l’amour, surtout dans le cas du mirande. Les conjoints sont prêts, l’un comme l’autre, à se supporter, quelle que soit la souffrance qu’ils endurent. C’est une souffrance qu’il faut étouffer. L’honneur familial prime. Le frère ou la sœur est disposé à sacrifier son bonheur pour l’intégration sociale de la famille. Le mirandeengendre ainsi une forme de Kamikaze pour la sauvegarde de l’honneur de la famille.

Mirande de Saïd Bacar Mze

Cette pièce théâtrale met en évidence les conséquences du mirande. Deux familles sont tombées dans le piège du mariage arrangé. Du début jusqu’à la fin, la femme est au centre des grandes décisions prises au sein de la famille. Dans la tradition comorienne, la femme a un pouvoir de décision tacite, qui n’apparaît pas au grand jour, au grand public. On peut dire sans conteste qu’aux Comores, les femmes jouent le rôle de gardiennes du grand mariage. Par ailleurs, il est question de montrer la discrimination issue de cette tradition. Pour être considéré, il ne suffit pas de faire le grand mariage, encore faut-il que le couple soit du même village.

Cette pièce théâtrale ne manquera pas de pointer du doigt les méfaits et les misères qu’engendrent ces pratiques au sein de la communauté.