Badroudine Mohamed Badoro

Spread the love

Badroudine Mohamed Badoro est né à Mitsudje dans la région du Hambou aux Comores. Juriste de formation et spécialisé en contentieux à vocation économique. Il est aujourd’hui cadre de la Banque Centrale des Comores. Amoureux de la poésie, il publie son premier recueil de poèmes, Murmures d’une mer.

Je crie d’emblée mon amour pour ce poète qui m’est inconnu mais dont je devine et sens le tourment, celui d’une âme en quête de sens, d’émotions, de pleurs et joies, de douleurs et plaisirs.  Je chante d’en haut de ce château fait de ma blessure béante et ocre, fait de rires et de douleurs, s’écrit-il en ouverture de cette quête comme pour tracer pour nous, lecteurs, le chemin à suivre pour pénétrer pas-à-pas dans l’inconnu.

Ce n’est pas une invitation voyage ! Peut-être une invitation au périple ! un périple initiatique dans lequel le « moi » affronte la vague, se noie, se relève et plonge à nouveau pour pêcher l’espérance mais hélas, il s’en revient souvent agonisant de douleurs, les mains chargées de souvenirs amers. Mais que cherche ce poète dans l’océan en furie ? Où va-t-il dans cette barque qui tangue en glissant sur une eau, tantôt turquoise tantôt noire comme de la terre volcanique. Tout fuit, tout s’enfuit, y compris le sol sur lequel titube son âme tourmentée. Tout s’enfuit y compris l’eau ilienne qu’elle voyait et chérissait. Au fond de son abîme, le poète ne s’écrit-il pas ? :

Grâce aux impertinences de nos ancêtres, j’ai à chanter

Un bout de terre qui se renie,

Un bout de terre qui se fugue

C’est vrai qu’elles se fuient mes îles

Il est des douleurs envahissantes qui surgissent de toute parts, qui ne laissent jamais l’esprit songer à autre chose qu’elles. Quoi que l’on regarde, quoi que l’on sente, quoi que l’on pense, tout est douleur. C’est la « douleur archipélique », celle de ces quelques îles qui se renient, se noient et où l’on se baigne dans un cimetière sans voir les morts, sans songer aux morts, ceux-là à qui le poète écumant de rage souhaite ironiquement « bonne mort »

Embarquez-vous

Évidence et plainte

Bonne mort mes frères

(Mourez en paix salée)

J’entends hurler la mer, votre tombe

… prochaine

La naissance d’un poète se passe toujours la nuit. Et cette nuit peut être longue. Elle peut durer une éternité mais un jour, quelqu’un s’aperçoit qu’un poète est né et il le célèbre au grand jour, s’extasiant devant la puissance du verbe, devant sa capacité à dire le mal, devant sa capacité extraire de la laideur et du lugubre, une certaine beauté. Voilà en effet qu’on se surprend à aimer ces vers qui parlent d’âmes perdues en mer, tout en versant d’un côté une larme de tristesse.

Nuits nues

Étranges nos morts subites

Entre lagons, dents couvertes, lagons aux yeux Prématurés…

Partiront dans l’océan

La voix – macabre – interpelle

Oui, la naissance d’un poète se passe toujours la nuit. Et cette nuit peut être longue.

Mais qu’importe ! Face à un réel indicible, submergeant, envahissant, le poète lutte pour survivre jusqu’au jour où, hélas, il n’en peut plus, jusqu’au jour où il découvre que son verbe n’arrête pas les vagues meurtrières.  Alors, comme Baudelaire un siècle et demi plus tôt, il songe à la mort qui devient le seul et unique répit, la paix d’une âme qui a toujours été tourmentée et dont le cri n’a jamais été entendue ? Là où Baudelaire[1] écrit :

Dans une terre grasse et pleine d’escargots

Je veux creuser moi-même une terre profonde

Où je puisse à loisir étaler mes vieux os

Et dormir dans l’onde comme un requin dans l’onde

Je hais les testaments, et je hais les tombeaux ;

Plutôt que d’implorer une larme du monde,

Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux

A saigner les bouts de ma carcasse immonde.

Le poète comorien écrit :

Sans aimer la mort je sculpte mon cercueil

J’avance amoureusement vers l’habile fosse

Je m’en vais goûter à cette ivresse nouvelle et fausse

Mes funérailles suivront dans ce recueil.

Un poète est né et le jour s’est déjà levé. Qu’il prenne désormais son envol.

[1] Le mort joyeux

Murmure d'une mer de Badroudine Mohamed Badoro

Ces murmures d’une mer, sont les murmures d’une mère, si beaux et si cruels. Soliloques pondant une percée pleine de somptuosité allant directement aux ouïes. Cette poésie marquée en deux climats essentiels, dont des vagues si douces et celles très agitées, sont la réalité de l’habituel. Oui il y a une mer qui murmure. Oui il y a des murmures d’une mère qui forent …

Vois-tu le soleil couchant / Glisse mon être doucement

Dans une danse sans nom / Je dois hélas te dire non

Car à chaque rayon de notre joie / Tu t’en empares et tu la broies …

L’auteur nous fait sentir le même vent qu’il sent lui-même, en nous plongeant dans une lecture savoureuse de cette œuvre.